Redécouvrir les pépites de son enfance… quand on enquête sur soi

On naît. On est petit, insouciant, créatif, spontané. Auprès des autres, on est un être libre, naturel et authentique. Puis, pour développer un lien social digne de se nom, on s’adapte. On se conforme à des règles, à des codes. Ceux de la famille, de l’école, de notre environnement, puis de l’entreprise. On se met au diapason, on corrige, on se réajuste pour coller au groupe, être accepté, entrer dans la norme. La vie nous invite à faire des choix. On a l’impression de diriger sa barque, jusqu’à au jour où l’on se rend compte que l’on s’est un peu éloigné de nous-mêmes.

On ressent alors une puissante envie de revenir vers soi. Vers ce que l’on est vraiment, en dessous de tous ces costumes que l’on a enfilés un à un pour s’adapter aux différents environnements que l’on a traversés. On revient sur des sentiers que l’on avait oubliés. Pourtant il nous sont familiers, parce qu’ils ne nous ont jamais vraiment quittés. Et c’est grisant, vraiment.

Quand vous étiez petit, vous n’étiez pas grand, et pourtant. Vous étiez « sans filtre » ! Votre personnalité, vos goûts, vos activités de l’époque en disent sûrement long sur ce que vous êtes tout à l’intérieur, sur vos rêves les plus enfouis, sur votre comportement naturel, sur vos préférences.

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Moi, petite, je ne m’ennuyais jamais. Je pouvais passer des heures à m’occuper toute seule. A lire, écrire dans des cahiers, à assembler des colliers de perles, faire des bracelets brésiliens, dessiner, peindre (ahhh le souvenir des kitschissimes « numéros d’art »), jouer à la poupée, collectionner des crayons de toutes les couleurs…. A la maison, j’étais un peu dans mon monde à moi, incarné par l’univers douillet de ma chambre. D’ailleurs ça agaçait prodigieusement mon frère, que je sois en mode auto-suffisant. Bah oui, parce que pour jouer à Starsky & Hutch, c’est quand même mieux d’être deux. Ha ! A l’école j’étais une petite fille sociable. Pas hyper « fifille » d’ailleurs : j’avais des amis aussi bien filles que garçons, et mon « best friend » de l’époque s’appelait Jérôme. Je n’étais pas hyper sportive… comment dire. J’ai redoublé 3 fois la balle jaune au tennis, je n’ai pas franchement accroché avec la danse (trop fifille ?) et mes parents ont préféré que j’arrête de faire du vélo seule dans la rue car comme j’avais tendance à être dans la lune, c’était un peu risqué… Ah si, la seule exception c’était le judo, où j’étais assez pugnace ! (hum). Sur la photo, j’étais probablement en train de me faire un petit trip château de sable sur une plage de Bretagne. D’ailleurs c’est plutôt rare les photos de moi en plein air, car globalement je n’étais pas hyper branchée activités d’extérieur. Au panthéon de mes jeux de société préférés, il y avait , le « Petit Bac », « Qui est-ce ? » et le « Pictionary ». Après que mon frère s’en soit lassé, j’ai gardé toutes ses cartes « Magic » et le dé bizarre qui les accompagnait. Je n’y comprenais strictement rien mais elles avaient un petit côté mystique qui me plaisait déjà :-) Le mercredi après-midi on allait à la bibliothèque, et je revenais avec un sac entier de livres que je dévorais en attendant le mercredi suivant. Les adultes qui m’entouraient disaient de moi que j’étais une enfant sage, facile, câline, patiente (sauf avec mon frère bien sûr…), enjouée, sensible (… et sacrément susceptible), peu influençable … et parfois un peu autoritaire (ah bon ?)

Avec le recul, je réalise que ma reconversion m’a permis de me reconnecter à la petite fille que j’étais. C’est dingue à quel point les choses que l’on aime et que l’on n’aime moins dans notre enfance nous définissent dans nos goûts, nos intérêts, nos attraits d’adulte. Quand je repense aux parties de Monopoly familiales, au cours desquelles je faisais invariablement faillite avec mes 3 pauvres maisons si difficilement acquises (et qui plus est, dans des rues de seconde zone) … effectivement j’y retrouve assez bien mon peu d’intérêt pour tout ce qui touche de près ou de loin aux investissements, ou au triptyque finance-gestion-fiscalité.

Bref, tout ça pour dire, qu’en période de reconversion, l’enfance est un thème majeure à explorer dans le cadre de son introspection ! Alors pour vous permettre d’explorer la votre, voici un petit set de questions exploratoires… Et si ces souvenirs vous semblent bien loins, n’hésitez pas à interroger vos proches, vos amis, pour grappiller des informations !

Exercice pratique pour vous reconnecter à votre « enfant intérieur » :

  • Que faisiez-vous quand vous aviez du temps libre ?
  • Quels étaient vos jeux / jouets / activités préférés ?
  • Qu’est-ce qui vous plaisait particulièrement dans ces activités ?
  • Aviez-vous des activités extra scolaires ?
  • Qu’est-ce qui vous plaisait dans ces activités ?
  • Que faisiez-vous particulièrement bien, sans effort particulier ?
  • Qu’est-ce qui vous valait les compliments / l’admiration / l’étonnement des adultes ?
  • Quand on vous demandait « qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? », que répondiez-vous ?
  • Faites la liste de tous les métiers / toutes les choses que vous avez rêvé de faire, enfant.
  • En face de chaque métier, écrivez ce qui vous attirait dans ce job. Est-ce que c’était la notoriété, le prestige, le fait d’aider ou sauver les autres, de voyager, de prendre des risques, de porter un uniforme… ?
  • En dehors des métiers, quel genre de vie rêviez-vous d’avoir ? Où vous imaginiez-vous habiter ?
  • Quand vos parents vous décrivaient à d’autres personnes, quels qualificatifs utilisaient-ils pour le faire ? (calme, rigoureux, créatif, subtil, intrépide, sensible, autoritaire, spontané, leader, réfléchi, hyperactif, casse-cou, rêveur, manuel… ?)
  • A l’école, que disaient vos profs de vous ? Si vous avez gardé vos carnets, vos bulletins de note, plongez-vous dedans, ce sont des pépites !
  • Quelles étaient les matières / activités ou vous performiez ?
  • Quels personnages / personnes admiriez-vous tout particulièrement ? (héros de film ou dessin animé, personnalité, acteur, chanteur, etc. ?
  • Qu’est-ce qui vous plaisait en eux ? Leur talent, leur image, leur courage…?

Tous ces éléments sont autant d’indices qui, mis bout à bout, veulent dire quelque chose de vous. De l’environnement dont vous avez besoin pour vous sentir épanoui. Des domaines qui vous attirent. De vos talents, vos intérêts, vos sensibilités personnelles. Des valeurs que vous avez envie de retrouver dans votre job. Du type de personnes avec qui vous aimez travailler. De l’atmosphère dont vous avez besoin pour être bien.

Pour ce qui concerne les métiers dont vous rêviez enfant, ne cherchez pas à les appliquer directement à votre situation actuelle. Peut-être que vous vous dites : « ok, petite je voulais être chanteuse ou actrice. C’est bien beau tout ça, mais aujourd’hui je ne vais pas devenir Rihanna ! So what ? ». Je vois où vous voulez en venir. Les rêves que l’on a petit, quand on les transpose dans le monde réel ont ce goût de farfelu, d’extravagant et parfois d’irrationnel. Alors pourquoi est-ce important de les sortir du grenier aujourd’hui ? Parce qu’en fait, vos rêves d’enfant parlent de ce qui se cache derrière eux. Le but n’est pas de les prendre au premier degré et de devenir cosmonaute, princesse ou aventurier. Le but est de comprendre ce qui vous attirait là-dedans. D’où la question : « en face de chaque métier, écrivez ce qui vous attirait dans ce job » Eh oui, car dans vos rêves d’enfant se cachent… les bénéfices que vous souhaitiez obtenir en les réalisant. Mmmhhhh c’est bigrement intéressant tout ça.

Jessie, que j’ai interviewée lors de l’écriture de mon livre et qui s’est réinventée dans la naturopathie est un exemple parlant : « Quand j’étais petite, je voulais faire vétérinaire et après j’ai quand même très vite voulu me diriger vers tout ce qui était en lien avec la santé. Comment ça m’est venu ? Par le côté humain je pense. J’ai besoin de donner aux autres, d’aider les autres. »

Vous voyez le lien maintenant ? Ces rêves vous donnent des clés pour traduire vos aspirations profondes. Peut-être qu’en cherchant à devenir actrice ou chanteuse, pour reprendre notre exemple, le rêve parle d’une envie de prestige, d’argent, de succès ? D’un besoin d’être au centre de l’attention ? D’une sensibilité artistique ? Cherchez, vous allez forcément trouver !

Mon conseil :

Menez votre enquête patiemment et savourez-en chaque étape.

Et surtout, surtout, n’hésitez pas à vous réapproprier en tant qu’adulte, les activités qui vous plaisaient tant dans votre enfance. Vous verrez, c’est savoureux. Les crocodiles en perles que j’ai méticuleusement assemblés durant ma transition pourront en témoigner. Plus sérieusement, ce blog est le premier pas concret que j’ai fait pour renouer avec ma sensibilité littéraire quand je me suis reconvertie, et il m’a menée bien plus loin dans mes envies d’écriture que je ne l’aurais imaginé… 😉  A bon entendeur !