Vivre

Depuis Vendredi soir, mes mots ont pris la poudre d’escampette. Ils craignaient d’être maladroits, déplacés, excessifs ou justement trop faibles.

Et puis j’ai lu, j’ai vu, j’ai écouté. Les témoignages poignants, les messages d’amour, les soubresauts d’espoir, la dignité des familles touchées. Un petit garçon aux côtés de son papa, qui a répété que les fleurs et les bougies, c’était fait pour nous protéger. Une mamie extra qui a dit « aimez-vous les uns les autres, et zut aux barbares ». Un jeune musulman qui a ouvert ses bras aux passants, contre l’islamophobie, le temps d’un câlin. J’ai vu dans mon pays que je chéris tant, une onde de tolérance, de paix, de pudeur et d’unité.

Pur produit de la génération Facebook, j’ai été scotchée aux réseaux sociaux depuis Vendredi. Non-stop. En temps réel, j’ai suivi avec angoisse les avis de recherche lancés par les proches. J’ai vu défiler les visages de dizaines de jeunes. Des « comme moi », des « comme nous ». Des jeunes géniaux, qui avaient des projets plein la tête, des voyages en perspective et des rêves à réaliser. Des filles et des garçons brillants, passionnés, inventifs, épanouis. Coupés net dans leur élan.

La fugacité. La fugacité de la vie, la fugacité des choses, c’est le premier sentiment qui m’est venu. La vie qui ne tient qu’à un fil. La vulnérabilité de chacun. Cette amie qui était au Bataclan, la veille. Cette autre amie qui habite à deux pas de la rue de Charonne.

Alors les mots sont revenus. Confucius disait « On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une ». Tristement, ce sont des événements comme celui-là qui nous le rappellent. Quelques siècles plus tard, Steve Jobs prononçait les mots suivants lors de son discours à Stanford : « Se souvenir que la mort viendra un jour est la meilleure façon d’éviter le piège qui consiste à croire que l’on a quelque chose à perdre. On est déjà nu. Il n’y a aucune raison de ne pas suivre son cœur ».

Aussi crus qu’ils puissent paraître, ces mots nous raccrochent à la vie. A ce que nous sommes. A la responsabilité que nous avons de notre propre bonheur. La vie ce n’est pas demain, ni après-demain. La vie c’est aujourd’hui.

Aujourd’hui justement, c’est un pays entier qui se raccroche à la vie. A sa culture, à sa joie de vivre, à tout ce qui le compose. Parce que la liberté coule dans notre sang, la seule réponse qui me vient aux infamies qui ont été commises, c’est de VIVRE. Vivre encore plus. Vivre follement. Par loyauté envers les victimes. Pour prouver à ces barbares qu’ils ne nous auront pas. Et pour nous. Pour faire de nos vies ce dont nous rêvons qu’elles soient.

Accrochons-nous à la vie, à nos vies. Accrochons-nous à nos rêves, à nos projets, à nos envies. Vibrons, débordons d’énergie, dévorons l’existence. Si vous l’acceptez, je vous propose un premier pas. Prenez :

  • 1 papier
  • 1 stylo
  • 3 minutes

Et listez toutes les choses que vous voudriez absolument faire avant de mourir. « Things I’d like to do before I die ». L’intitulé n’est pas très réjouissant, je vous l’accorde. Mais l’effet est invariable. Vous pouvez lister 10, 20, 30 ou 50 choses que vous voulez faire avant de mourir, peu importe. Notez tout ce qui vous vient. Notez uniquement des choses qui dépendent de vous. Des trucs les plus petits, les plus accessibles, aux rêves les plus grandioses. Et commencez à honorer vos idées, vos délires, vos ambitions. Un par un, une par une.

Gardez précieusement votre liste. Soyez fidèles à vos envies, à vos rêves. Commencez dès aujourd’hui à les réaliser. Voyagez, planifiez, créez, entreprenez, osez, construisez. Demain n’attend pas. Life is now. VIVEZ.

Avec tout mon amour,

Marion

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