Imposteur ! Anatomie d'un syndrome

Le fameux syndrome de l’imposteur… Il toucherait pas moins de 60 à 70% des personnes à un moment ou à un autre de leur vie, et plus particulièrement au cours de leur carrière professionnelle. C’est énorme.

En quoi est-ce que ça consiste ? Selon Wikipédia, « les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur, appelé aussi syndrome de l’autodidacte, expriment une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Ces personnes rejettent donc plus ou moins systématiquement le mérite lié à leur travail et attribuent le succès de leurs entreprises à des éléments qui leur sont extérieurs (la chance, un travail acharné, leurs relations, des circonstances particulières). Elles se perçoivent souvent comme des dupeurs-nés qui abusent leurs collègues, leurs amis, leurs supérieurs et s’attendent à être démasquées d’un jour à l’autre. »

Les symptômes ? Avoir le sentiment d’avoir volé sa position à quelqu’un d’autre, de ne pas être à la hauteur, de ne pas avoir mérité ce que l’on a, de ne pas être à sa place, s’identifier comme « incompétent » et surtout, surtout, craindre qu’un jour les autres ne s’en aperçoivent . Et ce, même si l’on sacrément cravaché pour y arriver.

Vous l’aurez compris, le syndrome de l’imposteur est étroitement lié à l’anxiété sociale (le regard des autres), et il est une manifestation d’une faible estime de soi. Bien heureusement, on en guérit ! Alors avant de comprendre comment, essayons de faire le tour de la question.

Chez qui ?

Il se manifesterait davantage sur une population de femmes, même si les hommes n’en sont pas à l’abri. Il toucherait plus particulièrement les personnes dites « surdouées » (qui attribuent leur réussite à leur « haut potentiel), les autodidactes (le complexe du diplôme) et les personnes ayant bénéficié de discrimination positive.

Pourquoi chez les femmes plus particulièrement ? Cela s’expliquerait (j’insiste sur l’emploi du conditionnel…!) par la difficulté pour les femmes à s’affirmer en tant que leaders sur certains marchés surinvestis par les hommes. Sheryl Sandberg, n°2 de Facebook et 5ème femme la plus puissante au monde selon le magazine Forbes, cite dans son livre En avant toutes, des exemples de réunions ou de conférences au cours desquelles les femmes se font plus discrètes que les hommes, lèvent moins la main, posent moins de questions et n’osent pas défendre leur point de vue. Elle affirme ainsi que « les femmes souffrent du syndrome de l’imposteur, d’un fossé dans l’ambition du leadership« .

Pour quelles raisons ?

On trouve plusieurs raisons au syndrome de l’imposteur. La première au palmarès étant celle de ne pas reconnaître son talent, c’est-à-dire d’attribuer les mérites de la réussite à tout sauf à ses capacités personnelles. Ma promotion ? Oh tu sais, c’est un coup de bol. Ma mention à l’examen ? Arf, les sujets étaient fastoches. La négo remportée avec ce client ? Oh, il était super gentil.

On a aussi la peur d’échouer (de toutes façon je suis trop stupide pour y arriver … non mais je ne suis pas assez -ceci- pour faire -cela-) et la peur de réussir. Oui, parce que réussir c’est prendre le risque d’avoir encore plus de responsabilités, de monter d’un cran, et d’avoir encore moins les épaules pour. C’est aussi l’angoisse d’un avenir qu’on ne maîtrise pas et qui fait donc perdre en sécurité.

Il y a aussi le perfectionnisme, qui conduit à avoir un parcours sans fautes et à ne s’orienter que vers ce que l’on maîtrise et que l’on est certain de réussir.

Enfin, les raisons peuvent trouver leur origine dans le contexte culturel ou familial. Être écrasé par un modèle parental (et ne pas réussi à s’en affranchir),  venir d’un milieu modeste, réussir brillamment sa carrière (et avoir le sentiment de trahir ses origines), avoir grandi en tant que fille dans une famille où l’on ne valorisait que les garçons – ou l’inverse (et douter de ses capacités).

Comment « l’imposteur » s’y prend-il ?

Celui-qui-s’imagine-incapable met en place des stratégies poussées (conscientes ou inconscientes) pour masquer l’escroquerie dont il se sent coupable. Ah oui, parce qu’on est d’accord que la culpabilité c’est clairement ce qui différencie un faux-imposteur d’un vrai-imposteur. N’est-ce pas Léo ? (référence à Attrape moi si tu peux, pour ceux qui auraient hiberné en 2002).

Je disais donc… que le soit-disant-imposteur met en place des stratégies d’entourloupe pour masquer sa soit-disant-escroquerie. Il y en a deux :

  • La stratégie d’overdoing, qui consiste à investir une énergie bien supérieure à celle nécessaire pour accomplir une tâche, afin d’augmenter sa probabilité de succès. Cela permet à la personne d’attribuer sa réussite à cette grosse quantité de travail plutôt qu’à sa propre valeur et à son potentiel.
  • La stratégie d’underdoing, qui consiste à se préparer trop tard et trop peu par rapport à la tâche à accomplir, et de pouvoir ainsi se protéger en cas d’échec (elle pourra de dire qu’elle aurait pu réussir si elle avait travaillé davantage). En cas de succès, cela lui permettra d’attribuer sa réussite à la chance.

Dans les deux cas, le soit-disant-imposteur entre dans un cercle vicieux d’angoisse, puisqu’il envisagera l’avenir avec inquiétude et incertitude, n’étant pas sûr de pouvoir reproduire aussi bien ses succès (puisqu’il les pense indépendants de sa valeur).

Comment cela se manifeste t-il auprès des autres ?

Le Huffington Post résume en 5 points les « indices vous permettant d’identifier le syndrome d’imposture chez vous ou au sein de votre équipe de travail :

1. Renie le succès car elle ne se sent pas à la hauteur des compétences qui lui sont reconnues. Croit qu’on ne mérite pas la promotion, les félicitations, le succès, à la suite d’un bon coup ou lors d’une progression professionnelle rapide. Attribue plutôt son succès à la chance, au hasard et se persuade qu’on va découvrir combien on s’est trompé à son sujet.

2. Doute de ses compétences au moment d’une promotion vers un poste de direction, lors de l’attribution de nouvelles responsabilités ou lorsque la personne doit superviser des gens qui ont des niveaux de scolarité supérieurs au sien.

3. Remet à plus tard des décisions importantes non pas à cause d’indécision ou d’incompétence face à la tâche, mais plutôt parce que la personne a le sentiment que ses décisions peuvent la mettre en situation d’être démasquée ou que l’on puisse voir au grand jour combien elle n’est pas à la hauteur.

4. Prend la fuite au moment de rendre des comptes, de prendre la parole en public ou de se retrouver devant les feux de la rampe, la personne s’esquive, trouve un prétexte, nomme un remplaçant, annule, reporte ou prend congé. Elle a véritablement le sentiment qu’en réalisant la tâche qui la mettra en valeur, on verra bien qu’elle est un imposteur.

5. Travaille de façon excessive devient exigeante face à elle-même, perfectionniste et travaille davantage, sans qu’on lui ait demandé de le faire. Ou bien cumule une variété de formations, parfois même sans transférer ses acquis dans son milieu, toujours sous la croyance qu’elle n’a pas assez de compétences. »

Comment s’en affranchir ?

Avant toute chose, il faut quand même rappeler que le doute est sain. L’incertitude c’est aussi ce qui nous permet d’avancer dans la vie, d’avoir un recul introspectif pour mieux repartir, même si ce n’est pas très confortable. Sans un peu de doute, on serait tous des individus arrogants en puissance, non ? Bref, tout ça pour dire que douter ne signifie pas pour autant avoir le syndrome de l’imposteur.

Bon alors, pour s’affranchir du syndrome de l’imposteur… D’abord, il faut se faire à l’idée que s’en débarrasser c’est changer le regard que l’on se porte à soi-même. Comme l’explique Bruno Lefebvre, psychologue clinicien : « Ceux qui souffrent du syndrome de l’imposteur, tout comme les perfectionnistes, courent souvent après LA réussite ultime qui les délivrera enfin de ce sentiment d’usurpation. C’est une illusion à laquelle il faut renoncer pour guérir. Renoncer aux signes de reconnaissance externes pour se construire sa propre opinion sur soi. Ce n’est pas la réussite qui soigne, mais bien le changement de regard que l’on apprend à porter sur soi. »

Pour ce faire, il faut commencer par arriver à différencier 3 choses :

  • Ce que les autres pensent de moi (= ce qu’ils disent vraiment de moi)
  • Ce que je m’imagine que les autres pensent de moi (= le fruit de mon imagination négative)
  • Ce que je pense de moi

Vous imaginez bien que dans le lot c’est clairement le n°2 qui pose problème et qui pollue le n°3.

Mais reprenons du n°1 : ce que les autres pensent de moi. Il s’agit donc là de ce qu’ils me disent (félicitations, reconnaissance d’un travail effectué, etc.). Bon, soyons concrets, s’ils me le disent, c’est qu’ils savent ce qu’ils font. Ils sont clairvoyants, il connaissent la valeur des personnes, et ils savent reconnaître la mienne. Ils ne sont pas incompétents ! Chose difficile mais foncièrement utile : il faut donc arriver à leur faire confiance.

Ensuite, ce que je m’imagine que les autres pensent de moi… WARNING ! Là on entre dans la catégorie des pensées dévalorisantes. C’est à dire que les paroles des personnes autour de moi sont passées au filtre du « oui mais ils ne savent pas que je suis incompétent ». On est d’accord, ce sont ces pensées-là qu’il faut arriver à éradiquer. Allez houste ! Non sans rire, il faut vraiment les identifier pour les reconnaître (salut toi) et les laisser passer (allez, ciao). L’objectif ? Ne pas leur donner raison. Pensez au ratio avantage/inconvénient à laisser ces pensées vous envahir. Est-ce que ça vous aide pour avancer dans la vie, de les écouter ? Non. Alors alors.

Last but not least : ce que je pense de moi. Là on est dans le dur, puisqu’on touche à la confiance et à l’estime de soi. Comment arriver à rendre ces pensées-là postives ? D’abord, en se reconnaissant en tant qu’être humain, c’est-à-dire avec ses potentiels et ses limites, ses qualités et ses défauts. En arrêtant de vouloir jouer le rôle du 100% parfait dans sa vie. Tiens, Bruno Lefebvre porpose un truc pour ça. Pensez à quelqu’un que vous admirez profondément. N’a t-il/elle pas lui/elle aussi ses limites ? Et pourtant, ça ne vous empêche pas de l’estimer au plus haut point ! Alors pourquoi ne vous accorderiez-vous pas la même bienveillance?
C’est important, vraiment. Le Huffington Post confirme : « Le complexe d’imposture nous apprend combien la reconnaissance extérieure peut s’avérer sans valeur aucune, lorsqu’on ne se reconnait pas soi-même d’abord. »

Pour d’autres, faire grandir sa confiance en soi c’est aussi accepter de prendre des risques. Sheryl Sandberg (la n°2 de Facebook), rapporte dans son livre ce que Virginia Rometty (première femme CEO d’IBM) a compris  : « Très tôt dans sa carrière, elle s’est vue proposer un « super job ». Inquiète sur son manque d’expérience elle indique au recruteur qu’il lui faudrait un peu de temps pour y réfléchir. Cette nuit-là, elle discute avec son mari qui lui fit cette réflexion « Penses-tu que c’est de cette façon-là qu’un homme aurait répondu » ? «  Ce qui m’apparaît, c’est qu’il faut que tu sois très confiante. Même si tu doutes énormément au fond de toi à propos de ce que tu sais ou ne sais pas. Et ça, pour moi, nous amène à la notion de savoir prendre des risques ».

Bon, au final, il se jeter dans le grand bain, quoi :)

Voilà ce que je pouvais vous raconter sur le syndrome de l’imposteur les amis.

Sur ce, je vous souhaite une bonne semaine !

Photo 1 – Muse.ca / Photo 2 – Carnets2psycho.net