You did a great job! Mark Zuckerberg et le mandarin

J’ai toujours adoré cette expression si foncièrement américaine, adaptable à tous les contextes, tous les domaines, toutes les situations et à tous les publics. Vous allez me dire que je suis une béni-oui-oui de la mentalité américaine, et c’est sans doute vrai. Car plus jeune, lors de mes séjours outre-Atlantique, j’ai pu mesurer l’effet que ces quelques mots pouvaient avoir sur moi comparé aux quelques vagues encouragements occasionnellement lâchés par mes profs français, et je peux vous dire que c’était sans appel.

Je ne vais pas me lancer dans un grand débat sur la pédagogie américaine, simplement je pense que l’être humain a globalement davantage de chances de s’améliorer en étant encouragé, applaudi, soutenu, aussi faibles ses résultats soient-ils, qu’en étant puni, écarté, critiqué et catalogué dès son plus jeune âge. Après, je pense que cela dépend aussi beaucoup de la personnalité de l’individu, et que les encouragements ont davantage d’effet sur des personnes sensibles. Hum hum. (Voir ce post pour ce qui concerne la sensibilité!).

Bref, figurez-vous que je vous parle de cela car ce matin en lisant les news, je suis tombée sur un article concernant Mark Zuckerberg. Je ne suis pas particulièrement une groupie de M.Z., mais le titre m’a interpellé car il disait « Mark Zuckerberg parle mandarin ». Et là, j’ai visionné une vidéo montrant le PDG de Facebook sur le campus d’une prestigieuse université chinoise, répondant pendant une demi-heure (!!) aux questions de son interlocuteur, en mandarin. C’est ici: http://www.courrierinternational.com/article/2014/10/23/bref-mark-zuckerberg-parle-le-mandarin.

Mark Zuckerberg à l'université Tsinghua le 22 octobre - YouTube.

Franchement, j’étais soufflée. Mais ça n’a pas duré longtemps, parce qu’après j’ai été écœurée en lisant, dans l’article qui accompagnait la vidéo, certaines réactions de la presse internationale (évidemment il y en avait aussi de très élogieuses, ne généralisons pas!) : « Applaudissements de la presse américaine, raille le South China Morning Post, « on croirait que c’est la première fois qu’un Américain parle une langue étrangère » et aussi : « Il n’y a pratiquement que le magazine Foreign Policy pour lâcher, d’un ton presque dédaigneux, que son niveau n’est digne que de celui d’un « enfant de sept ans ». »

Non mais je rêve!! Alors oui, je confirme que peu d’américains parlent des langues étrangères, et encore moins celle qui a été officiellement classée par l’UNESCO cette année comme la plus difficile au monde. Et pour ce qui est de son niveau, il ne doit pas être si mauvais pour avoir tenu une séance de Q&A d’une demi-heure sur des sujets comme l’innovation et Internet. Et puis on s’en fout qu’il n’ait pas un chinois parfait, il a globalement fait passer ses idées, et surtout il a eu l’intelligence de s’adapter à son public! D’autant que les chinois sont particulièrement sensibles à ce type d’efforts.

Non mais qu’est-ce que ça leur coûte de reconnaître le cran d’un PDG étranger qui se lance dans un échange en chinois sans complexe, avec le sourire et toute la bonne volonté du monde?

Je n’ai pas pu lire l’article de ce journaliste du Foreign Policy, puisqu’il n’est accessible qu’aux abonnés, mais je me demande qui il peut bien être pour se permettre une attitude si hautaine et une remarque aussi gratuite. Ça doit être un super jaloux et un vrai pète-sec.

Grand bien lui en fasse… Mark Zuckerberg lui, poursuit son petit bonhomme de chemin, et au vu de l’empire qu’il a construit à 30 ans, même si (apparemment) toutes ses initiatives ne sont pas parfaito-parfaites, ça vaut le coup d’être audacieux et persévérant. « Done is better than perfect », n’est-ce pas?

Mark, you did a great job. 你的中文很好.

Photo 1 / Cité Interdite, Pékin, Avril 2009 – Photo 2 / Courrierinternational.com