Notre prédisposition à déformer la réalité

S’il y a bien une faculté sur Terre que nous partageons tous, c’est celle de déformer la réalité des choses. C’est ce que l’on appelle les distorsions cognitives. Le psychologue américain Aaron Beck les a définit comme des façons de traiter l’information qui résultent en erreurs de pensée prévisibles et qui ont souvent pour conséquence d’entretenir des pensées et des émotions négatives. Les distorsions cognitives contribuent ainsi aux troubles émotionnels tels que la dépression et l’anxiété ainsi qu’aux troubles de la personnalité.

Bon, sans en arriver là, en gros ça veut dire que notre décodeur interne bugge complètement quand il s’agit de trier les infos qu’il reçoit. Pourquoi ? Parce qu’il le fait en fonction de ses croyances négatives, et arrive ainsi à une vision complètement faussée, déformée de la réalité.

Au quotidien, ça donne souvent des choses assez aléatoires, comme:

  • des généralisations « de toutes façons avec lui ça ne marche jamais, et puis il n’est jamais d’accord »
  • une faculté à se concentrer uniquement sur le négatif et à faire abstraction du positif« il n’y a qu’avec moi qu’elle est comme ça, elle ne m’aime vraiment pas »
  • un propension à faire des remarques totalement arbitraires et limite paranos« il a fait exprès de me poser cette question, il a voulu m’humilier devant tout le monde »

La caractéristique commune à tout cela, c’est qu’on a l’impression que le monde entier se soulève contre nous, dans le cadre d’une énorme conspiration dont nous serions la victime tout désignée (bon je m’emballe un peu, on n’est pas dans Truman Show). Bref, on se gâche la vie.

Et les jugements que l’on prononce contre les autres ne se font pas sur ce qu’ils ont réellement dit mais sur les intentions que nous leur prêtons. Ce que l’on s’imagine, nos hypothèses, nos suppositions, nos pires scenarii. On leur fait dire les pires crasses, puis on y réagit personnellement. Dis-donc c’est sacrément alambiqué comme process !? Et pourtant on le fait tous. Et puis soyons honnête, on se trouve bien bête quand, en en débriefant avec un amie, un parent, un collaborateur, il nous remet les idées en place et nous confronte à notre propre parano. Hein ?

Alors, comme arrêter de prêter systématiques des intensions négatives à autrui ? Comment passer du virtuel (mes hypothèses sur ce que pense l’autre) au réel (ce qu’il pense vraiment) ?

Alors là je sais que vous allez me maudire (et je me maudis moi-même au passage) :  on com-mu-ni-que. Youhouu !! (Allez, faites semblant s’il vous plaît). On se simplifie la vie et on arrête les hypothèses, c’est le Dalaï Lama qui l’a dit (« Never assume »). Allez, une petite photo en cadeau.

Z’avez vu ? « Paix et bonheur ». Ça motive hein ?

Alors la voilà la clé, on communique. Deux alternatives:

  1. On questionne l’autre, on approfondit, on enquête, on va au fond du fond pour comprendre
  2. Si pas possible, alors sitôt que l’on se surprend à faire une supposition négative, on fait systématique une supposition positive ! Même exagérée, même insensée. Pour équilibrer un peu la balance, vous voyez ? Ça aide à prendre du recul, à accepter l’incertitude, et surtout à accorder à l’autre le bénéfice du doute

C’est quoi le « bénéfice du doute » ? Selon le site de L’Internaute (j’y peux rien ce sont eux qui en donnent la meilleure définition !) ça veut dire : « à défaut de preuves patentes, renoncer à considérer quelqu’un comme coupable. » Eh bah voilà, on est en plein dedans. Ça fait un peu « Faites entrer l’accusé ! » là, mais bon il y a un peu de ça. Comment peut-on jouer au détracteur, sans avoir la version du principal intéressé ? Il y a énormément de situations dans lesquelles on n’a pas les preuves, dont on ne connaît pas les tenants ni les aboutissants, alors pourquoi s’imaginer le pire ?

En accordant le bénéfice du doute, les bienfaits ne se font pas attendre. On se trouve plus souple, plus tolérant, moins coincé dans nos fixettes minables, moins intraitable, moins rigide. Plus sympa quoi ? :-) Et souvent on a l’impression d’être plus proche de la réalité. Tout n’est pas tout noir ou tout blanc dans la vie, non ?

Allez, bon enfilage de lunettes roses, et bon weekend !

Photo 1 / Baie de Ha Long, Vietnam, Avril 2011 – Photo 2 / Quotesworld.org